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 ​"Il n'y a pas besoin de permission pour faire des choses belles."​

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 Histoire : c'est à Narbonne que les conjurés complotèrent l'assassinat de César

 

 

 

La 'Mort de César", une œuvre de Vincenzo Camuccini, conservée à la Galleria Nazionale de Rome. PHOTO/© D.R

 

Jules César fut assassiné à Rome en 44 avant J.-C.. C'est à Narbonne, quelques mois plus tôt, que les conjurés lancèrent leur projet d'attentat… Sculpté du temps de l'Imperator et sorti des eaux du Rhône, le buste de César est aujourd'hui exposé au Musée bleu d'Arles. On suggère qu'il fut jeté dans le fleuve après l'assassinat du "dictateur à vie", en mars 44 avant J.-C. La mémoire du fleuve est aussi celle des destins de crise qui se croisèrent en gaule narbonnaise dans la chaleur de l'été 45 avant J.-C..

Jules César de passage en Narbonnaise

On sait par les auteurs Cicéron et Plutarque que ce n'est pas sur les bords du Tibre en 44 avant J.-C., mais à la fin de l'été 45, à Narbonne, qu'eut lieu le premier complot contre César. Un complot qui annonce et permet celui de Rome, quelques mois plus tard. Après la 6e guerre civile romaine - déclenchée par le refus de César de revenir à Rome et de démobiliser son armée une fois son mandat de proconsul expiré, et par le franchissement du Rubicon - opposant Césariens et Pompéiens jusqu'en mars 45 avant J.-C., l'Imperator victorieux reprit le chemin de Rome depuis l'Espagne. La Via Domitia le conduisit à Narbonne, où il décida de passer plusieurs semaines. Mais, autour de lui, le complot se mettait déjà en place.

Le sort en est jeté

Caius Trebonius, général vaincu par les pompéiens en Espagne, se considérait alors victime de disgrâce. Tout comme Marc Antoine, il se trouvait à Narbonne aux côtés de César, de même que certains des conjurés de mars 44. Trebonius, projetant déjà de tuer César, mit Marc Antoine dans la confidence. Mais la popularité de César, triomphant et entouré de ses soldats, empêcha le passage à l'acte en Narbonnaise. C'est par la plume de Cicéron que l'existence du "complot de Narbonne" nous est connue. Mis en cause dans la mort de César, il répond dans ses Philippiques, révélant l'existence de la conjuration et sa connaissance par Marc Antoine : "Si c'est un crime d'avoir voulu que César fut tué, que doit-on penser de vous-même, Antoine ? On sait que vous en aviez formé le projet, à Narbonne, avec Trebonius" (deuxième Philippique, XIV). C'est donc le silence de Marc Antoine, lequel refusa d'être coauteur de l'assassinat mais garda le secret des conjurés, qui rendit possibles et efficaces les poignards de mars 44. Dès lors, le sort en était jeté… Une "entrevue" de Narbonne et un silence confirmés par Plutarque dans sa "Vie d'Antoine (XIII)" où il indique que Trebonius avait "touché quelques mots du complot à Marc Antoine", sans qu'il en ait "fait dénonciation à César". Un geste qui lui vaudra d'avoir la vie sauve, quelques mois plus tard, au cours de la tuerie aux pieds de la statue de Pompée. Dans le Musée bleu, sous la protection de la Vénus d'Arles, César contemple à nouveau la Narbonnaise. Le regard de l'Imperator descendant de Vénus est pareil à celui des statues.

 Narbonne : ce site archéologique sera bientôt détruit

 

 

 

 

La tour, qui, on le voit ici, domine La Coupe, sera-t-elle broyée par les machines ? PHOTO/PHILIPPE LEBLANC

 

C’est une révélation fracassante pour Narbonne : une partie de la Coupe, au lieu-dit Saint-Hippolyte, était habitée à l’époque gallo-romaine et carolingienne. Le chantier de fouille doit s'arrêter vendredi avant de laisser place aux pelles mécaniques.

C’est exceptionnel, et pourtant, à Narbonne, l’extraordinaire se banalise, tant les découvertes sont nombreuses. Mais au-delà de l’aspect superbe de ce site, l’intérêt scientifique est majeur, car il renseigne sur un fait nouveau : le lien entre Narbonne et sa campagne.

On sait, aujourd’hui, que Saint-Hippolyte, à la Coupe, a vécu de riches heures. Deux périodes se sont mises à parler sous les mains expertes des archéologues d’Eveha : une partie gallo-romaine, et une partie médiévale. Une fois le site antique abandonné, il fut occupé des siècles plus tard entre le VIII et le XIe siècle.

Au nord, une bâtisse en ruine et un puits, toujours visibles montrent que Saint-Hippolyte était habité au siècle dernier. Quant à la tour médiévale, elle pourrait dater du XIIe ou du XIIIe. Le puzzle est incomplet… Ces découvertes sont trop récentes pour qu’elles puissent nous guider sur les traces de ces ancêtres narbonnais.

Mais ces fouilles méritent d’être étendues, de manière à finaliser le superbe travail réalisé par ces archéologues spécialisés, antiquisants, médiévistes, anthropologues et céramistes.

Après deux mois de fouilles très riches, ce chantier, lancé par le Service Régional de l’Archéologie et confié à la société Eveha, se termine vendredi. Date à laquelle l’aménageur, la société de promotion Hectare pourra envoyer les pelles mécaniques et broyer les vestiges.

Rien ne permettra de montrer aux Narbonnais la coexistence exceptionnelle, au Sud de la France, de cet habitat et de sa nécropole carolingienne, jouxtant une villa romaine. Reste à découvrir, éventuellement, l’Église Saint-Hippolyte, les chais romains, et une partie importante de cette villa, dont une partie seulement a été découverte.

Le chantier, limité au périmètre du futur lotissement, soit 4 500 m2, n’a pas permis de révéler les dispositifs antiques ingénieux d’amenée des eaux. L’éternelle question se pose à Narbonne : quand cesserons-nous de sacrifier nos vestiges sur l’autel de la promotion immobilière ?

Une villa romaine, trente tombes et une tour médiévale

Le site comprend également une villa romaine, vraisemblablement étendue sur 900 m2 dont une partie seulement est dans l’emprise de la fouille prescrite par le SRA. Des dolia ont été retrouvés, signe d’une activité viticole mais pas les chais.

Deux bassins (dans un état exceptionnel), étaient destinés à la conservation des eaux. Les murs sont enduits de béton antique étanche et les tomettes de terre cuite disposées en opus spicantum (en épi), composée de 7 variantes de couleur. Au vu des vestiges, le diagnostic de cette fouille a été sous-évalué.

Des céramiques antiques et médiévales, de la vaisselle de table, du culinaire et des fragments d’amphores ont été prélevés. Il manque encore la nécropole antique, et le reste de cet édifice gallo-romain qui était colossal.

Dans la partie médiévale, des squelettes inhumés depuis le VIIIe siècle sont apparus sous les yeux des archéologues. Des adultes et des nouveau-nés, enterrés côte à côte… Deux nécropoles carolingiennes composées de trente tombes, datées de VIII au XIe siècle, soit l’époque carolingienne, viennent d’être révélées à la lumière du ciel narbonnais.

Les tombes courtes et étroites, témoignent de la taille des humains à cette époque. Elles sont disposées au sud et au nord du chantier archéologique, non loin des vestiges de la maison. « L’habitat est simple, décrit Franck Martin, responsable du chantier. Les murs sont liés à la terre sans mortier de chaux, et les niveaux de sol sont visibles en gravier et terre battue. Nous sommes ici en bordure de l’agglomération, on sait qu’à proximité de la ville étaient édifiées des maisons formant des hameaux. Le fait que ce quartier porte le nom de Saint-Hippolyte nous indique la présence hypothétique d’une église ».

Jusqu’à quand le hameau a-t-il été fréquenté ? Était-il gardé par une tour défensive ? On ne connaît pas encore la date exacte, (vraisemblablement XIIe, XIIIe), mais ses murs d’une épaisseur inhabituelle (1m40 attestent du caractère militaire de l’édifice qui était ceinturé de douves). On reste sur notre faim…

 Narbonne : Saint-Hippolyte, ou la découverte d’un quartier antique et médiéval

 

 

 

 

Les Amis du Clos de la Lombarde 

 

40 ans de fouilles

 

 Le Clos de la Lombarde

 

 

 

 

 
 
 
 

40 ans de fouilles au clos de la Lombarde 

 

 

De gauche à droite, Roland Schmitt, Nicole Cathala et Raymond Sabrié./Photo DDM, J.-M.G 

 

 

Il y a quarante ans, un chantier de fouilles, exploité par le Groupe de recherche archéologiques du Narbonnais (Gran), sous la direction d’Yves Solier, Raymond et Maryse Sabrié, débutait à Narbonne sur le site archéologique du Clos de la Lombarde. Des fondations, des murs, des mosaïques, des bases de colonnes et du mobilier d’une demeure antique voyaient le jour, tandis que des sarcophages étaient dégagés. Armés de patience, des chercheurs bénévoles ont permis de brosser le tableau d’un quartier de Narbonne dans l’Antiquité. Ce travail a contribué à enrichir la notoriété du patrimoine narbonnais, lui offrant la plus importante collection de peintures murales que la Gaule n’ait jamais connue.

Ce week-end, le Gran et l’association Les Amis du Clos de la Lombarde débuteront ce 40e anniversaire. Samedi (Palais des archevêques), à 9 h 30, «Quarante ans de fouilles archéologiques», par Raymond Sabrié ; à 10 h 45, «Narbonne, métropole de l’Antiquité tardive», par Bénédicte Brandenburg ; à 14 h 45, «La culture des notables narbonnais du Ier siècle avant J.-C. au Ve siècle après J.-C.».

Dimanche, de 14h à 17h, ouverture au public du Clos de la Lombarde.

 Narbonne : un système d'irrigation antique ressurgit chemin de Crabit

 

 

L'archéologue Robert Haurillon détaille l'ingéniosité du système hydraulique. PHOTO/Photos Ph. L.

 

Ce n'est pas un aqueduc qui, par nature, est aérien, mais un système ingénieux de captage d'eaux souterraines et d'irrigation qui a été découvert à Crabit.

C'est une découverte majeure pour l'histoire de Narbonne. Aux portes de la ville gallo-romaine s'étendaient de vastes jardins irrigués avec une technicité à couper le souffle. En 2008, le lotissement de Crabit avait donné lieu à un diagnostic archéologique obligatoire. Sous les parcelles, les sédiments remontés à la surface attestaient d'une occupation agricole autrefois irriguée avec, notamment, la présence de terres fortement amendées comportant des traces de fumures.

Tout au fond du lotissement, les dernières parcelles ont mis en lumière un ouvrage hydraulique d'exception. Ce que les archéologues avaient au départ pris pour un aqueduc est une vaste structure de drainage et de captage d'eaux souterraines, destinée à irriguer des maraîchages. Un ouvrage privé ou public ? L'hypothèse est émise d'une gigantesque villa, dont les immenses cultures seraient ainsi arrosées.

"Le contexte géologique est favorable, explique sur place l'archéologue Roland Haurillon. Nous sommes sur une colline, au pied de monts karstiques, et les galeries drainantes en amont sont à 4 mètres sous terre. L'eau est présente sous forme de nappes perchées, c'est-à-dire prise entre les sédiments. Alors que nous connaissons les ouvrages hydrauliques aériens comme les aqueducs qui amenaient l'eau potable aux villes, le monde souterrain est peu connu". La connaissance du système de récupération des eaux des nappes a fait un grand bond à Béziers, il y a 3 ans : "C'est un système ancien utilisé sur le pourtour méditerranéen. Les Romains sont d'excellents copieurs, et ils ont reproduit ce que faisaient les Étrusques et les Achéménides".

À Crabit, l'eau circule dans un canal d'amenée, aménagé et protégé par des dalles plates, qui se rétrécit à un endroit encore visible à l'œil nu, de façon à augmenter le débit. "Nous pensons qu'une noria tournait là et que les Romains fermaient l'arrivée d'eau, puis attendaient qu'elle monte pour que la roue tourne et distribue l'eau dans les rigoles creusées dans les champs. Un système qui évoque les écluses".

Malheureusement, ces fouilles ne peuvent répondre à la foule de questions, notamment sur la partie amont, non étudiée. Si le mystère de l'amenée d'eau potable à Narbonne reste entier, une question passionnante se pose avec cette découverte : où est la villa romaine desservie par ces canaux ?

 Ces vestiges antiques ont été recouverts dans la journée d'hier

 

 

Recouvrir, telle est la question PHOTO/© D.R

 

 

 PRÉSERVATION

Ce chantier de l'INRAP, a été mené par les archéologues chargés des fouilles préventives, dépendant du Service régional de l'archéologie sur un mois et demi. Il portait sur 3 335 m2, et des parcelles qui seront loties par Sy Promotion pour l'opération "Les Orangeraies". L'importance de cette découverte est multiple : "On découvre autre chose qu'une adduction d'eau potable, et ça permet de redécouvrir des techniques disparues". Les vestiges sont apparus à 1m50 du sol par rapport au niveau actuel, et à 4m50 pour la partie haute. Hier, la pelle mécanique a enseveli ces vestiges. Les archéologues, eux, emportent dans leurs cartons leurs relevés, et leurs analyses. Bientôt des maisons seront édifiées, au grand dam des Narbonnais, dont un voisin qui se prêtait à rêver : "Pourquoi ne pas valoriser ces vestiges et les exploiter, si près du parc de la Campane, pour les scolaires et les touristes ? C'est une vraie chance ! Ce serait fabuleux, on pourrait imaginer un circuit autour du thème du captage des eaux. Ne peut-on pas sacrifier des parcelles au profit d'une telle découverte ?" Eternelle question à Narbonne, la Romaine.

 

Une statute de Priape émerge parmi des débris de la Gaule antique

 

 

 

Sous la rocade, des ancêtres beaucoup plus âgés que prévu... 

 

 

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